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3/11/08 Claude Reichman

La retraite à 70 ans signifie pas de retraite du tout !

On raconte que le chancelier Bismarck, désireux de contrer l’influence du socialisme sur les ouvriers et créateur à cette fin du premier Etat providence du monde moderne, avait posé à un spécialiste la question suivante : « A quel âge faut-il accorder le droit à la retraite pour qu’elle ne soit pas versée ? » L’homme de l’art n’avait eu aucune peine à répondre : « Excellence, à 65 ans ». C’était en effet l’âge du décès à l’époque. C’est ainsi que 65 ans devint l’âge de la prise de retraite et le resta longtemps.

Il va de soi que ce type de calcul ne peut affecter que la retraite par répartition, puisqu’elle est payée par les actifs aux retraités, à charge pour l’Etat de parvenir à contraindre les générations suivantes de payer à leur tour. Dans la retraite par capitalisation au contraire, chacun épargne pour lui-même et peut cesser de travailler à l’âge de son choix pourvu que le revenu de son capital le lui permette. Nous avons prouvé (voir les articles suivants sur notre site : http://www.claudereichman.com/articles/lettreouverte.htm, et http://www.claudereichman.com/articles/commentla secu.htm), qu’avec des placements sûrs, de rendement modeste mais non soumis aux aléas boursiers, on pouvait bénéficier d’une pension en moyenne quatre fois supérieure à celle qu’offre la répartition dans un pays à natalité déclinante comme le sont la plupart des pays occidentaux, tout en conservant le capital constitué. Ce qui démontre, soit dit en passant, que la crise financière et boursière actuelle ne condamne nullement la retraite par capitalisation mais seulement les rendements spéculatifs - et donc par nature plus risqués - que certains fonds tentent d’obtenir pour attirer de nouveaux déposants et augmenter la rémunération de leurs gestionnaires.

Rappelons aussi que la capitalisation n’est pas obligatoirement financière et peut parfaitement passer par des placements immobiliers, entrepreneuriaux ou de toute autre nature (comme par exemple l’investissement dans une formation personnelle destinée à améliorer sa situation et ses revenus), et en toute hypothèse diversifiés (ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, comme le dit la sagesse populaire).

Dans le cas de la France, le choix idéologique du tout répartition a conduit à une situation que nous dénonçons depuis des décennies et qui est aujourd’hui désespérée : quand on s’achemine rapidement vers un rapport de un cotisant pour un retraité, on peut être certain que les retraites ne pourront plus être payées du tout. Parce qu’il est impossible qu’un cotisant fasse vivre un retraité et lui paie ses soins de santé tout en faisant vivre sa propre famille ainsi que l’Etat. Les politiciens français, toutes tendances confondues, le savaient parfaitement mais jugeaient l’échéance si lointaine qu’ils ne s’en souciaient pas. Aujourd’hui que l’échéance s’est rapprochée et que la crise économique va restreindre dramatiquement les ressources des régimes sociaux, ils s’affolent.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’amendement parlementaire permettant de n’être mis à la retraite d’office qu’à 70 ans. Bien entendu, il ne s’agit pour le moment que d’une possibilité pour le salarié, mais il suffira que le montant des retraites diminue (ce qui est certain dans un très proche avenir) pour que cette possibilité devienne une nécessité. Puis de 70 ans à 75 ans le saut ne sera plus très grand et l’on aura rejoint la méthode de Bismarck. Voilà comment s’achèvera le rêve fou consistant à vouloir vivre du travail des autres plutôt que du sien et de son épargne, même si l’on a été soi-même victime du procédé comme tous les retraités français actuels.

Ajoutons que les échéances vont se faire encore plus rudes avec l’ouverture à tous de la retraite par capitalisation, qui est votée en France depuis 1994, n’est pas encore appliquée mais va l’être incessamment (qu’on se réfère aux publicités des organismes de prévoyance qui foisonnent depuis plusieurs mois sur tous les médias). Comme de plus cette capitalisation peut se faire auprès de n’importe quelle société européenne et qu’elle ne s’ajoute pas mais se substitue aux régimes de sécurité sociale (par exemple les retraites AGIRC et ARRCO sont concernées, comme l’indiquent le site Internet de la Sécurité sociale et le site gouvernemental Legifrance), on devine que face au choix de faire vivre un retraité et celui d’y échapper et de se constituer soi-même sa retraite, la décision des salariés jeunes – et moins jeunes – ne sera pas difficile à prendre.

Mais diront certains, il s’agit là d’une histoire de fou : tout notre système de retraite s’effondre et on ne nous a rien dit, pas plus qu’on n’a pris la moindre mesure de sauvegarde pour passer sans drame d’un système à l’autre ! Eh bien non, il ne s’agit pas d’une histoire de fou, mais tout simplement d’une escroquerie d’Etat. Dont il faudra bien que d’une manière ou d’une autre les responsables rendent compte. Cela n’améliorera pas la situation des retraités mais cela les vengera quand même un peu.

Pour ce qui est de l’essentiel, c’est-à-dire du rétablissement de la situation économique de la France qui seul permettra d’adoucir le sort des sinistrés de la retraite par répartition, elle est évidemment déjà à l’ordre du jour, mais elle passe par l’éviction d’une classe politique qui a collectivement failli et par l’avènement d’une nouvelle classe dirigeante. Par ces temps de révolution, cela peut arriver très vite !

Claude Reichman
Porte-parole de la Révolution bleue.


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