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29/3/09 Bernard Martoïa
L’orchestre du Titanic a joué jusqu’à la dernière                                        minute

Le rebond se poursuit. L’indice Dow & Jones a encore gagné 6 % cette semaine malgré une prise de bénéfices dans la dernière séance. Il a clôturé vendredi 27 mars à 7776 points. Depuis l’abysse du 6 mars à 6626 points, l’indice vedette a donc regagné 17 %! Après qu’il eut frôlé la catastrophe en rasant le plancher de 6500 points, l’espoir renaît.

Sur un plan technique, l’index est repassé au-dessus de la moyenne mobile à 50 jours. Ce bon signal confirmerait la validité du ratio de volume « 9-1 » exprimé par Martin Zweig et que j’ai abordé la semaine dernière. Il est trop tôt pour évoquer la fin de la récession. L’index doit franchir une résistance formidable à 9000 points qui est encore trop éloignée de nous.

Ce rebond a-t-il été orchestré ?

La faiblesse des bonnes nouvelles (hausse timide des ventes de logements neufs et de la production de biens intermédiaires en février aux Etats-Unis) ne suffit pas à expliquer ce formidable rebond de 17 %. Mon interprétation est la suivante. Les responsables de la Fed et de l’administration d’Obama ont vécu un cauchemar quand l’index s’est approché du plancher de 6500 points. Si ce plancher avait craqué, l’index aurait plongé à 4000 points. Cela aurait représenté une baisse énorme de 38 % car il n’y avait point de plancher intermédiaire. Les autres Bourses auraient plongé de concert.

Conscientes de ce danger mortel, les autorités américaines ont tout fait pour conjurer le krach du marché d’actions par des méthodes peu orthodoxes. La fin justifie les moyens…

Ce fut d’abord, le 10 mars, la déclaration surprenante du patron de Citigroup annonçant des bénéfices de sa banque pour les mois de janvier et février alors qu’il est strictement interdit par la Security Exchange Commission (SEC) de commenter les résultats avant la publication officielle du rapport trimestriel.

La publication du premier trimestriel 2009 aura lieu le 17 avril prochain. Sur les dix analystes de Wall Street qui suivent cette banque, le consensus est d’une perte de 24 centimes de dollar par action pour le trimestre en question et d’une perte de 73 centimes de dollar par action pour l’année 2009. Cela contredit la déclaration optimiste de Vikram Pandit.

Contrairement à ce qui se passe en France où l’autorité des marchés financiers n’a pas de pouvoir judiciaire, la SEC peut envoyer en prison un patron ou lui infliger une lourde amende. Vikram Pandit aurait-il pris le risque de commenter l’activité de sa banque sans l’aval de la S.E.C ?

Ben Bernanke, le patron de la Fed, a senti que cela ne suffirait pas pour rassurer le marché. Son ex-lieutenant à la banque fédérale de New York, qui n’est autre que le tout nouveau secrétaire au Trésor Timothy Geithner, n’a pas convaincu lors de la présentation de son plan de sauvetage des banques.

Fort de son expérience de « grand timonier » pendant la tempête de l’automne, Bernanke a décidé de prendre les choses en main en accordant, pour la première fois de l’histoire, une interview à une grande chaîne américaine de télévision. Pour des raisons d’audience, il a choisi de passer à l’émission 60 minutes de C.B.S. Lors de cette émission du 15 mars, il a laissé entendre que le pire était derrière nous et que la reprise de la croissance se ferait en 2010. C’était exactement le genre de déclaration que le public attendait.

Puis ce fut son annonce surprise du 18 mars de racheter des bons du Trésor américain pour un montant de trois cent milliards de dollars. Le précédent remonte à 1960. Pourquoi a-t-il choisi de recourir à cet expédient et à cette date ? Parce qu’il craint, et à raison, que le marché obligataire ne soit pas capable d’absorber de telles émissions de bons du Trésor américain. A titre de comparaison, la Banque d’Angleterre n’a pu lever que 1,65 milliard de livres sterling sur 1,73 milliard offert au marché obligataire (source Philippe Herlin sur son blog http://ladettedelafrance.blogspot.com)  

Quel sera l’accueil du marché aux O.A.T ?

De son côté, l’Agence française du Trésor a choisi la date du 2 avril (sommet du G20) pour lever entre 6 et 8 milliards d’euros sur le marché obligataire. Le spectre est large avec des obligations à 5, 10, 25 et 30 ans. La date de règlement est fixée au 7 avril.

Il est loin d’être sûr que le seuil minimal de 6 milliards d’euros soit atteint. Mme Christine Lagarde raconte à qui veut l'entendre que le monde entier se dispute nos emprunts. Cela ne vous rappelle-t-il pas que l’orchestre du Titanic a joué jusqu’à la dernière minute ?

Bernard Martoïa

 

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