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9/9/09 Bernard Martoïa

France : 64 ans de démocratie populaire !

« Le secret d’être misérable est d’avoir du temps libre pour se poser ce genre de question. La cure est l’occupation. » George Bernard Shaw

Dans un pays où l’emploi est considéré comme inaliénable, la fermeture par la société américaine Molex de son usine de Villemur-sur-Tarn est une insulte au modèle marxiste instauré en France en 1945. Dans un article récent (1), j’ai suggéré que l’Agence internationale pour les investissements internationaux inclue, dans son droit de réponse à la publication annuelle de l’indice de misère fiscale par le magazine Forbes, la garantie suivante dans les prises d’otages de patrons qui se multiplient.

« Le gouvernement français se porte garant que les cadres étrangers, séquestrés dans une entreprise, seront traités avec dignité jusqu’à ce qu’une issue favorable (renoncement à la délocalisation) soit trouvée au conflit les opposant au personnel de ladite entreprise. »

Cette garantie n’a pas été respectée. Eric Doesburg, un cadre de Molex, a porté plainte après avoir été injurié et molesté par des salariés de l’entreprise. Molex a mis en cause la passivité des autorités françaises, assurant que « la police locale et nationale n’a pas répondu à ses appels répétés. […] Nous sommes indignés par l’attitude des individus impliqués dans les violences et par l’absence de réponse de la police que nous avions appelée à l’aide. »

Dans cette nouvelle épreuve de force, le plus surprenant n’est ni la violence des salariés licenciés, ni la passivité complice des autorités françaises mais qu’une plainte ait été déposée. C’est une première en France ! Les investisseurs étrangers attendent avec beaucoup d’intérêt le sort qui sera réservé à cette plainte. Sera-t-elle ou non classée ? Si, d’aventure, le parquet lui donne une suite, débouchera-t-elle sur une condamnation des agresseurs de M. Doesburg ?

La séquestration est régie par l’article 224-1 du code pénal :

« Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle.
Toutefois, si la personne détenue ou séquestrée est libérée volontairement avant le septième jour accompli depuis celui de son appréhension, la peine est de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende, sauf dans les cas prévus par l'article 224-2. »

Aucune plainte n’avait jusqu’à présent été déposée. Y aurait-il eu des pressions sur les personnes séquestrées pour qu’elles renoncent à faire reconnaître devant la justice le préjudice qu’elles ont subi ? Un rappel juridique s’avère nécessaire pour éclairer les esprits. Comment se déclenche une affaire pénale en droit français ? Le déclenchement du traitement judiciaire, c’est-à-dire la mise en mouvement de l’action publique, peut être mis en œuvre soit par le procureur de la République, soit directement par la victime. Les procureurs se sont gardés d’intervenir dans les séquestrations de patrons alors que la loi les y invite. Pourquoi ?

Sommes-nous dans une démocratie populaire ou dans une démocratie libérale ?

Cela fait longtemps que la question ne se pose plus. L’Union soviétique a perduré soixante-douze ans (1917-1989). Notre régime antilibéral survit depuis soixante-quatre ans. Parviendra-t-il à surpasser en longévité l’ex Union soviétique ? La réponse tient en un seul mot : la dette. Il tombera lorsqu’il ne pourra plus honorer sa dette vis-à-vis de l’étranger. Compte tenu de l’emballement de cette dernière, l’hypothèse de huit années supplémentaires est une gageure.

Grâce au courage de M. Doesburg, on saura bientôt si la justice française donne raison aux patrons « voyous » ou aux licenciés victimes des «sauvages» délocalisations pour reprendre la dialectique en vigueur. De la condamnation des agresseurs de M. Doesburg dépendent les investissements étrangers en France et, par ricochet, les créations d’emploi à la clé dans notre pays. Tout se tient. Quel que soit le jugement qui sera rendu dans cette affaire, il ne saurait avoir d’influence sur l’inexorable montée du chômage dans les pays ayant choisi la voie du socialisme.

Petite leçon d’économie aux socialistes

Aux Etats-Unis, les démocrates à la Chambre des Représentants ont fait un grand pas vers le socialisme. Ils s’apprêtent à garantir la sécurité sociale à tous les Américains, à augmenter les impôts des riches et à pénaliser les patrons qui ne fourniront pas d’assurance-maladie à leurs salariés.

Qu’on le veuille ou non, le marché du travail est un marché comme les autres. Obliger les patrons à assurer leurs salariés aura un coût. Il va rendre plus difficile l’embauche. Comme leurs homologues européens, les socialistes américains ne s’intéressent qu’à la partie visible de leur intervention pour se donner bonne conscience vis-à-vis de l’opinion publique, mais ils se gardent d’envisager l’effet pervers de leur intervention, c’est-à-dire les personnes qui ne pourront plus trouver d’emploi à cause justement de la couverture médicale imposée aux patrons. Frédéric Bastiat (2) disait : «Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir.»

Le prix médian du travail devrait baisser de 10% pour retrouver le chemin du plein emploi

Alors que le chômage augmente inexorablement, les gouvernements d’inspiration socialiste ou keynésienne ne font que l’aggraver. Le prix du travail doit baisser pour que le surplus d’offre de travail soit absorbé par le marché.

Richard Vedder et Lowell Gallaway, deux professeurs de l’université de l’Ohio, arguent que la Grande Dépression a été prolongée significativement en durée et en magnitude par l’impact du New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Dans leur livre (3), ils suggèrent que sans la sécurité sociale, le work relief, l’assurance pour le chômage, le salaire minimum et les privilèges accordés par le gouvernement fédéral aux syndicats, le patronat américain aurait employé davantage de salariés. Ils estiment que le taux de chômage, qui était de 17,2 % pendant le New Deal, aurait pu être abaissé à 6,7 %.

Les suppressions massives d’emploi correspondent aux mauvais investissements réalisés pendant la bulle immobilière. Les prix des matières premières, de l’énergie et de l’immobilier ont baissé sensiblement depuis l’éclatement de la bulle. Il n’y a pas de raison que les salaires ne suivent pas cette phase de déflation. Pour revenir le plus rapidement au plein emploi, il faudrait que les salaires baissent d’environ 10 %. Dans un marché libre, il n’y pas de chômage qui persiste s’il n’est choisi par les salariés eux-mêmes.

Bernard Martoïa

(1) Archive du 6 juin 2009 : L’attractivité unique de la France auprès des investisseurs internationaux

(2) Frédéric Bastiat : La leçon « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » est disponible sur le site http://bastiat.org

(3) Out of Work: Unemployment and Government in Twentieth-Century-America de Richard Vedder, Lowell Gallaway et Martin Bronfenbrenner. Une version gratuite est disponible sur le site de Google pour les lecteurs qui supportent de lire 390 pages sur un écran.

 

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