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28/3/10 Bernard Martoïa

Les Allemands sont de mauvais Français !

«Où que vous trouviez un gouvernement efficace, vous êtes en présence d’une dictature» Harry Truman

Après trois mois de harcèlement de la part des cigales méditerranéennes, la fourmi allemande a finalement obtempéré à leur injonction. Sans surprise, Paris se réjouit de cet accord bancal pour trois raisons. La première, pour rassurer la gauche sur notre légendaire générosité, c’est qu’il donne un peu d’oxygène à la cigale grecque qui en a tant besoin. La seconde, peut être plus importante que la première, tient au caractère altier et susceptible du coq gaulois dans sa basse-cour. Elle entretient l’illusion que l’union monétaire va survivre à la crise. Rien ne le hérisse davantage que la critique des monétaristes, qui peut se résumer par la formule suivante : «On vous avait prévenu que l’euro est une chimère !» (1) et (2) L’histoire est en train de valider le diagnostic que j’avais établi très tôt, en 1997. (3) La troisième, franchement inavouable à l’opinion publique française, est qu’il fallait absolument trouver un accord, bon ou mauvais, pour empêcher que la France ne soit un jour victime des requins qui rôdent en Méditerranée. Mission accomplie provisoirement pour Paris, qui s’y entend comme personne pour entraîner le plus obstiné à la table de négociation.

Une victoire à la Pyrrhus

Comme l’écrit Philippe Herlin sur son blog (4), cet accord ne règle rien. C’est uniquement pour cette raison que la fourmi a bien voulu le signer. Dans son éditorial hebdomadaire (5), Alan Abelson vient de résumer, à sa façon, cet accord de dupes :
« En contraste frappant avec une aigre dispute, les négociations de Bruxelles menées par l’Allemagne et la France pour venir en aide à la Grèce furent un modèle d’altruisme. La France insistait pour que l’Allemagne eût le privilège de casquer pour les autres, l’Allemagne réclamait généreusement que cet honneur fût réservé au F.M.I, et la Grèce gracieusement disait qu’elle se foutait de savoir qui casquerait les 20 milliards d’euros dont elle a besoin, à condition que l’intérêt à verser se montât à la moitié de celui que lui demande le marché. A la fin, dans un remarquable étalage de civilité, les parties se mirent d’accord pour partager le plaisir, mais seulement en dernier ressort. Avec un délicat respect pour l’obscurité, que le code diplomatique juge secondaire, et seulement après un grand raout organisé aux frais du contribuable, « le dernier ressort» ne fut pas défini. Une interprétation bénigne, qui pourrait se traduire par l’expression « un jour, peut être…», fut plus que suffisante pour les marchés de part et d’autre de l’Atlantique. Mais n’importe quoi, en dehors d’une guerre nucléaire, eût suffit à rassurer les marchés, et même cette dernière éventualité n’aurait fait que déclencher une course folle à l’achat d’actions de sociétés du nucléaire. »

Cette allusion viendra réconforter Mme Lauvergeon, dont une rumeur en provenance de l’Elysée dit qu’elle serait sur le départ de son poste de présidente du groupe nucléaire AREVA. On ne versera pas de larmes de crocodile sur celle qui a osé déclarer, lors de son passage au journal télévisé de 20 h sur France 2, le 16 octobre 2009 : « A compétence égale, eh bien, désolée, on choisira la femme, ou l'on choisira la personne venant d'autre chose que le mâle blanc, pour être clair. » (6) Un gouvernement honnête aurait pour priorité d’abroger la HALDE, cette institution maléfique qui ne fait qu’aggraver la « fracture sociale » dont Chirac nous avait rebattu les oreilles.

Son successeur, qui se disait en rupture avec lui, n’a rien fait pour y remédier. L’avertissement lancé par les abstentionnistes aux élections régionales a été mal interprété par la gauche dogmatique qui rêve d’une victoire en 2012. Quant à la vraie droite, elle a un sérieux problème avec l’actuel président. Elle a du mal à lui faire entendre qu’il ne doit pas se représenter et doit laisser la place à un candidat qui accomplirait cette rupture avec le socialisme qu’il n’a pas voulu faire en dépit de ses promesses électorales. Tel est le débat qui doit être engagé sans tarder. Les masques vont tomber. Si Villepin s’est déjà déclaré, il n’a pas le profil de l’emploi. Ce n’est pas avec un énarque que l’on réglera les problèmes créés par sa caste à la nation appauvrie.

Le contribuable n’est jamais invité à la table des négociations

Il faut cependant se réjouir de cet accord européen bancal. Rien ne serait pire qu’une aide directe en faveur de la Grèce, car les agences de notation réagiraient immédiatement. Si le gouvernement français s’intéresse beaucoup à la Grèce en ce moment, il se moque éperdument de l’avis du contribuable qui est, faut-il le rappeler, totalement absent de ce débat surréaliste, alors que c’est pourtant lui qui devra payer l’addition salée qui hypothèque sérieusement son avenir et celui de ses enfants.

En Allemagne, le Freie Demokratische Partei (FDP) est le seul parti à se préoccuper vraiment du sort du contribuable. Les autres ont une vision collectiviste, ou social-démocrate comme il vous plaira, peu différente de celle l’UMP en France. C’est en raison de sa position contestataire dans la coalition gouvernementale que le FDP a empêché une aide directe à la Grèce. Aucun parti français n’a émis la moindre réserve à cet accord ! C’est consternant.

L’homo economicus d’outre-Rhin est préférable à l’homo politicus zonard parisien

Si une gouvernance européenne devait remplacer un jour l’omnipotente et détestable technocratie bruxelloise, il vaudrait mieux qu’elle s’installe à Berlin qu’à Paris, dans l’intérêt de tous les Européens confondus.

Si j’étais à la place d’Angela, je tiendrais le langage de vérité suivant aux cigales : « Ou bien vous adoptez, comme nous, dans votre constitution, la règle de l’équilibre budgétaire, ou bien c’est que vous espérez vivre éternellement à nos crochets, et nous retirons nos billes. »

Alain Dumait a rappelé cette évidence soigneusement occultée par Paris : « Sans l’euro, la monnaie de l’Allemagne vaudrait plus cher, la balance des paiement de ce pays se rééquilibrerait et les Allemands seraient encore plus riches. A l’inverse, sans l’euro, la monnaie de la Grèce aurait dû être dévaluée, et les Grecs en eussent été appauvris. D’ores et déjà, via l’euro, les Allemands payent pour la Grèce. Et aussi pour tous les pays en déficits, France comprise. » (7)

Jean Giono, citoyen de ma ville natale de Manosque, disait en 1937 qu’il préférait être un Allemand en vie qu’un Français mort. S’il avait tort dans le contexte historique de l’époque, avec le danger que constituait le parti ouvrier allemand national-socialiste (8), il aurait raison aujourd’hui. Mieux vaut être gouverné par un Allemand scrupuleux que par un Français roublard !

Bernard Martoïa

(1) « L’Euro made in USA », par Pierre-Antoine Delhommais, Le Monde du 27 mars 2010.

(2) Archive du 14 mars 2009 : « L’Euro est une chimère ».

(3) Archive du 1er mars 1997 : « Euro versus Dollar ».

(4) « Un accord qui ne règle rien », par Philippe Herlin, 26 mars 2010.

(5) « Red Flags over China », par Alan Abelson, Barron’s magazine du 27 mars 2010.

(6) http://www.bloc-identitaire.com

(7) « De la crise grecque à la crise systémique globale », par Alain Dumait, 21 mars 2010.

(8) Dans le tome 1 de Mein Kampf, Adolf Hitler donne le nom exact de son parti à sa naissance, en 1919, Deutsche Arbeiterpartei (DAP), qui deviendra, l’année suivante, Nationalsozialistiche Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP). La propagande l’a volontairement déformé sous le vocable de « nazi » pour faire oublier que c’était, avant toute chose, un parti ouvrier et socialiste. Aucun parti se réclamant du capitalisme n'a fait le centième ou même le millième des victimes de ceux qui se réclament du socialisme. C'est une vérité qu'il faut toujours rappeler à la gauche.

 

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