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11/4/10 Thierry Desjardins
       Principe de précaution : il faut raser Paris !

On comprend le désarroi et l’indignation des quelque 1.393 habitants des côtes de Charente-Maritime et de Vendée qui viennent d’apprendre que l’Etat allait faire détruire leurs maisons. L’administration a tracé, à la va-vite, les périmètres de « zones noires » et ceux qui ont le malheur de s’y trouver vont devoir partir, verront leurs habitations détruites à coups de bulldozer et toucheront, en moyenne, 250.000 euros. Or, certaines de ces maisons n’ont pas été touchées par la tempête Xynthia et d’autres ne sont même pas en première ligne face à l’océan.

On imagine le désespoir de ces gens à l’idée d’avoir à abandonner leur passé, leurs souvenirs, souvent le fruit de toute une vie d’épargne, de sacrifices, de bonheur. Il est évident que tout cela ne va pas se faire sans violence. Les préfets de deux départements sont désormais protégés par des gardes du corps.

Une fois de plus, on voit à l’œuvre la « méthode Sarkozy ». Une catastrophe qui fait l’ouverture du journal télévisé, un fait divers qui fait la « une » de la presse, et, immédiatement, le président se précipite sur les lieux, sort trois phrases devant toutes les caméras, reçoit les victimes, annonce des mesures, des décisions, des projets de loi et bien vite… passe à autre chose, à la catastrophe ou au fait divers suivants. Aucune réflexion, aucune concertation. Juste des moulinets, des effets de manche, des menaces, des promesse et, parfois, un oukase impérial qui tombe comme un couperet.

Cette fois, çà n’a pas traîné. Devant l’ampleur de la catastrophe, Sarkozy a décrété qu’il n’y avait qu’une chose à faire : raser toutes les habitations en zones inondables.
C’est la fameuse théorie du « principe de précaution », variante de celle de la « tolérance zéro ». On tolère zéro risque !

Quand on est assis dans un bureau élyséen et qu’on ne connaît rien ni aux dossiers ni aux réalités, on se dit qu’il est absurde de construire en zones inondables et que, pour ne plus avoir de problèmes, il suffit, par « précaution » justement, de détruire tout ce qui y a été construit inconsciemment par le passé.

Quand on est un peu au courant des choses, on sait qu’il y a des centaines de milliers de constructions en zones inondables, aussi bien le long de nos côtes qu’en bordure de tous nos fleuves et de toutes nos rivières. Des villes entières ont été bâties en zones inondables alors pourtant qu’il s’agissait de zones qui avaient déjà été, à maintes reprises, dévastées par des inondations (Maisons-Alfort, Alfortville, etc.). Va-t-il falloir les raser ?

On peut même remarquer que tous les derniers grands édifices construits par l’Etat à Paris ont été élevés là même où la fameuse crue de 1910 avait fait le plus de dégâts : la Grande bibliothèque François Mitterrand, le Musée des Arts premiers, le siège de France-Télévision, l’Hôpital Georges Pompidou, la Maison de la radio sont, tous, en bordure de Seine et on sait donc qu’à la prochaine crue centennale tous ces bâtiments seront inondés et inaccessibles. Faut-il tous les raser et détruire du même coup tous les quartiers parisiens riverains de la Seine ?

Le « zéro risque » est absurde et le « principe de précaution » qui consiste, en fait, à capituler par avance devant les aléas de la nature l’est tout autant.

Le rôle de l’Etat n’est pas de faire évacuer la population devant un ennemi potentiel, il est de prendre des mesures pour que cet ennemi n’envahisse pas le territoire. En clair, il n’est pas de rendre aux flots toutes les zones qu’il peut éventuellement convoiter mais bien de construire des digues, des zones d’expansion, des lacs-réservoirs pour faire face au déchaînement des éléments. En Hollande, 25% du pays est en dessous du niveau de la mer et 60% de la population (soit 10 millions de Hollandais) vivent à l’abri des digues.
Personne ne conteste qu’il y a eu, sur le littoral de la Vendée et de la Charente-Maritime, bien des imprudences, de l’inconscience et sans doute quelques malversations. Le maire-adjoint de La Faute-sur-Mer chargé de l’urbanisme signait des permis de construire à son propre fils, promoteur immobilier…

Mais il faut aussi remarquer que si les textes édictés à Paris ne sont pas toujours appliqués sur place, ils sont souvent absurdes. Dans les zones frappées par la tempête Xynthia, la plupart des propriétaires avaient obtenu l’autorisation de construire mais on leur avait refusé l’autorisation d’élever un étage, au nom du paysage et du respect des traditions architecturales de la région. La plupart des victimes ont été noyées dans leur rez-de-chaussée parce qu’elles n’avaient pas pu se réfugier dans un premier étage.

Cela dit, le grand responsable du drame (qui a fait plus de cinquante morts) reste l’Etat qui n’a pas entretenu les digues. Au lieu de faire évacuer la population, Sarkozy aurait dû annoncer que de nouvelles digues allaient été construites.

Thierry Desjardins

http://www.thierry-desjardins.fr/

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