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13/4/10 Thierry Desjardins
  La Pologne a toujours survécu grâce        au nationalisme des Polonais !

La Pologne n’a vraiment pas de chance. Toute son histoire a été marquée par des drames épouvantables, des dépeçages à répétition, des massacres horribles. Et voilà qu’un accident d’avion décapite l’Etat. Cruelle ironie du sort, c’est en se rendant aux cérémonies de Katyn – là même où, en 1940, les Soviétiques massacrèrent d’une balle dans la tête des milliers de Polonais, toute l’élite du pays- que le président Lech Kaczynski et tout son entourage ont trouvé la mort.

Naturellement, comme le veut la tradition, dès la nouvelle de l’accident, la terre entière a rendu hommage au président polonais. C’était à qui en rajouterait le plus. On a eu soudain l’impression qu’il s’agissait d’une perte irréparable pour l’humanité toute entière.

Or, la veille encore, Kaczynski était traité de tous les noms d’oiseaux dans la plupart des capitales. On nous le présentait comme « un nationaliste fou furieux », « un abominable réactionnaire », à la limite du fascisme et de l’antisémitisme (même s’il se disait « un ami d’Israël »), « à la solde de l’église la plus conservatrice du monde » (on oubliait qu’il s’agissait de celle de Jean-Paul II), une sorte d’hurluberlu à moitié dingue et en tous les cas redoutablement dangereux.

Et dans les capitales européennes, à Paris notamment, pour mieux l’achever, on l’accusait d’être, en plus, « un eurosceptique avéré », voire même « un europhobe indécrottable ».

Il faut bien reconnaître que tout cela était - un peu- vrai. Il était d’un nationalisme exacerbé, comme tous les Polonais, il était viscéralement attaché à l’église catholique et un brin antisémite, comme la plupart des Polonais, il était farouchement hostile à l’avortement et à l’homosexualité comme beaucoup de Polonais et, pour lui, l’Europe n’était rien d’autre qu’une vache à lait dont il fallait tirer le maximum d’avantages financiers, comme pour tous les Polonais de sa génération qui n’ont jamais pardonné à l’Europe occidentale d’avoir abandonné la Pologne sous le joug des Soviétiques pendant si longtemps.

Mais, hier, dans son message de condoléances, Sarkozy rendait un vibrant hommage à la mémoire de ce même président Kaczynski, affirmant qu’il « avait toujours été animé par un patriotisme ardent » et que « sa carrière avait été vouée à la cause de la Pologne ». Fillon n’était pas en reste : « Animé de fortes convictions, le président Kaczynski était pleinement engagé à servir et à promouvoir les intérêts et le rayonnement de son pays sur la scène européenne et internationale ». Et Kouchner ajoutait : « C’était un homme aux grandes qualités morales au service du peuple polonais ».

Bien sûr, il faut faire la part des obligations protocolaires et des usages diplomatiques dans de telles circonstances. Mais il est tout de même frappant de voir qu’il a suffi à Kaczynski de mourir dans un accident d’avion pour que son « nationalisme fou » devienne, en l’espace d’un crash, un « patriotisme ardent » et que cet « affreux réactionnaire » soit, à titre posthume, couvert d’éloges à propos de « ses fortes convictions » et surtout de « ses grandes qualités morales ».

Il serait peut-être bon que nos dirigeants profitent du silence qu’impose, un instant, ce drame pour se demander si, après tout, Kaczynski n’avait pas un peu raison avec son « patriotisme ardent » et son « engagement à servir les intérêts de son pays ».

Certes, il était ridicule avec sa petite taille, sa face toute ronde, son jumeau (qui avait été, un temps, son premier ministre) et ses sorties souvent à l’emporte-pièce, mais, sur le fond, pouvait-on vraiment lui reprocher d’être ce « nationaliste intransigeant» qui « consacrait sa vie à la cause de la Pologne » ?

En France, on apprécie le nationalisme à condition qu’il soit kossovar, palestinien, algérien, tibétain, voire même corse. S’il est français, le nationalisme est immédiatement voué aux gémonies, considéré comme étant la marque du pire extrémisme de droite et la résurgence du pétainisme (ce qui est un comble quand on se souvient que le pétainisme prônait la collaboration avec l’ennemi).

Chez nous, on parle de l’Europe ou éventuellement des régions. La Nation est depuis longtemps passée à la trappe. La patrie aussi. Et d’ailleurs le gouvernement en est arrivé à vouloir organiser une vaste enquête (nationale) pour essayer de savoir ce que c’est qu’être français.

Kaczynski, lui, n’avait pas besoin de faire procéder à des sondages pour apprendre ce que c’était qu’être polonais. Il est vrai que la Pologne est un pays un peu particulier. Envahie, dévorée tout au cours des siècles par tous ses voisins, Prussiens, Russes ou Autrichiens, puis Allemands ou Soviétiques, elle a « la susceptibilité nationale » à fleur de peau. La Pologne a toujours survécu grâce au nationalisme des Polonais

Alors qu’ils étaient sans doute, avant guerre, l’un des peuples de l’Est les plus tournés vers l’Ouest, les Polonais, ayant oublié que la France et la Grande-Bretagne avaient, en 1939, déclaré la guerre à Hitler quand les troupes nazies avaient envahi leur pays, et se croyant abandonnés de tous, se sont, pendant plus d’un demi siècle, blottis, une fois de plus, autour de leur drapeau, de leur culture et de leur église pour survivre. Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient aujourd’hui encore eurosceptiques.

Mais, plus généralement, est-il vraiment scandaleux qu’un homme politique, même devenu chef d’Etat, soit « nationaliste » (ou « patriote », si on préfère) et, tout en tentant d’incarner son peuple, veuille défendre bec et ongle les intérêts de son pays ?

En France, la chose devient, bien sûr, difficile. Nous n’avons plus de frontières, c’est l’Europe, plus de monnaie, c’est l’euro, plus de justice, c’est la Cour européenne, plus guère de parlement, les lois de Bruxelles l’emportent sur les nôtres, et même plus de peuple puisqu’au lieu d’assimiler, comme autrefois, nos immigrés pour en faire des Français « à part entière », nous entendons désormais respecter leurs différences et nous en faisons des Français « à part ».

Il est évident que le mal français, le malaise des Français vient de cette dilution de la Nation et de ce travail de sape de certains qui ont réussi à faire passer le nationalisme pour un crime de l’esprit.

Juste une question. Si demain Nicolas Sarkozy disparaissait, est-ce que le monde entier aurait l’idée d’affirmer qu’« il avait été animé d’un patriotisme ardent » ? Rien n’est moins sûr.

« Vive la Pologne ! » comme s’était écrié, le 3 juin 1867, au palais de Justice de Paris, un jeune avocat du nom de Charles Floquet, devant le tsar Alexandre ll.

Thierry Desjardins

http://www.thierry-desjardins.fr/

 

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