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2/3/09 Bernard Martoïa

Tout ce que nous avons fait, c’est de collecter l’argent de tant de pauvres diables et de l’avoir dispersé aux quatre vents

« Notre connaissance peut être seulement finie, alors que notre ignorance est nécessairement infinie. » Karl Popper

Historique des banques centrales

La Banque d’Angleterre est la plus vieille banque centrale. Elle fut créée en 1694 à l’initiative d’un groupe de marchands, plusieurs d’entre eux étant des réfugiés Huguenots, pour aider le roi dans ses projets de guerre. L’offre était la suivante : le gouvernement obtiendrait un crédit de 1,2 million de livres à perpétuité, à un taux d’intérêt fixe de 8 %, et en retour, la banque aurait l’exclusivité d’émettre des billets pour le même montant. Cet accord mutuellement bénéfique établissait de jure un monopole d’émission de la monnaie.

La Banque de France fut fondée en 1800 par le premier consul Napoléon Bonaparte, dans le but de relancer la croissance après la forte récession de la période révolutionnaire. Bonaparte était un keynésien avant l’heure. Il est évident que Keynes n’a rien inventé. Il a simplement repris des idées anciennes, comme l’a rappelé Jörg Guido Hülsmann lors de son émission télévisée sur http://www.reichmantv.com  

Avant l’unification allemande en 1871, il y avait 31 banques qui émettaient de la monnaie. La banque centrale allemande, Reichsbank, fut créée en 1876. Il s’agissait d’une banque privée, la Banque centrale de Prusse, qui était placée sous le contrôle du gouvernement. Malgré la création de la Reichsbank, quatre banques dans le Palatinat, en Bavière, en Saxe et au Württemberg continuèrent à émettre de la monnaie jusqu’en 1914.

La benjamine est la Federal Reserve Bank. Elle fut créée en 1913 à l’initiative de l’administration Wilson. Comme l’opposition au Congrès était réticente, un compromis fut trouvé. Douze banques centrales autonomes furent établies à travers le pays. Elles étaient supervisées par le conseil des gouverneurs appointé par le président. Cette structure a perduré. Les douze banques en question sont à Boston, New York, Philadelphia, Cleveland, Richmond, Atlanta, Chicago, Saint Louis, Minneapolis, Kansas City, Dallas et San Francisco. Le conseil des gouverneurs a son siège à Washington.

Les gouverneurs dans l’épreuve de la Grande Dépression

Benjamin Strong, le premier gouverneur de la banque de New York, déclara :
« La structure décentralisée va perpétuer la fragmentation et la diffusion de l’autorité qui ont jusque là embrouillé le système bancaire américain. Cela engendrera inévitablement conflit et confusion. » Il mourut en 1928, juste à la fin de la hausse de Wall Street.

Le krach de 1929 provoqua le départ en cascade de plusieurs présidents du conseil des gouverneurs. Le président Herbert Hoover remplaça Young par Meyer le 31 août 1930. Le nouveau président Franklin Delano Roosevelt le remplaça par Black le 19 mai 1933. Puis, le 15 novembre 1934, il fut lui-même remplacé par Marriner Eccles. Ce dernier s’entendit bien avec le président et son successeur Harry Truman. Il resta à son poste jusqu’au 3 février 1948.

Le plus étrange gouverneur de l’entre-deux-guerres était Montagu Norman.

Après la Première Guerre mondiale, le gouverneur de la banque d’Angleterre était le financier le plus puissant de la planète. Ce névrotique était obsédé par le secret. Quand il voyageait à travers le monde, il utilisait le pseudonyme de Clarence Skinner. Quand le gouvernement britannique lui demanda ses raisons pour prendre une décision, il répondit : « Je n’ai pas de raison, j’ai un instinct.» Le point d’orgue de la carrière de Norman se situe en 1925 quand il imposa son point de vue à Winston Churchill, le chancelier de l’échiquier, pour le retour à l’étalon or, lequel avait été abandonné pendant la guerre. Winston occupait le même poste que son père Randolph dans le gouvernement. Mais à l’inverse de son père, il ne s’intéressait pas à la finance. Il déclara un jour : « Je n’ai jamais pu me faire à ces damnés chiffres. » A la fin de sa vie, il confessa que le retour à l’étalon or fut la plus grande bévue de sa carrière. « Comme je ne comprenais pas grand-chose aux problèmes de monnaie, je me fiais aux experts. Je n’ai pas commis la même erreur, plus tard, avec les affaires militaires.» Norman reçut le crédit de la restauration du système financier international. Il fut un héros, quelques temps, avant d’être un bouc émissaire pendant la Grande Dépression. Sa trajectoire ressemble à celle du Maestro (Alan Greenspan)

Le second héros (temporaire) de l’entre-deux-guerres était Horace Greeley Hjalmar Schacht.

C’est son père qui l’avait affublé de ces deux prénoms américains en l’honneur de l’éditeur du New York Tribune. Schacht entra, comme commissaire, dans le gouvernement de la république de Weimar confrontée à l’hyperinflation. Un rappel des cours de change donne une idée de la catastrophe frappant ce pays. En 1914, le mark valait 4,2 $, en 1922, un dollar valait 190 marks, à la fin de la même année 7600, et en novembre 1923, au plus fort de la crise monétaire, un dollar s’échangeait contre 630 milliards de marks ! Faut-il rappeler que c’est Georges Clémenceau qui a imposé des réparations exorbitantes à l’Allemagne au traité de Versailles de 1919 ? La science économique n’a jamais été le fort des jacobins… Schacht introduisit une nouvelle monnaie, le Rentenmark, dont la valeur était adossée au patrimoine immobilier de l’Allemagne. Avec la stabilisation de la nouvelle monnaie, il fut nommé à la tête de la Reichsbank par le président Friedrich Ebert. Le Rentenmark tint sa parité avec les autres monnaies car le gouvernement allemand appliqua une mesure radicale. Il se débarrassa d’un quart de ses fonctionnaires ! Schacht devint un héros. Plus tard, il travailla avec le gouvernement national socialiste. Mais il fut si dépité par l’action de Hitler qu’il participa à une conspiration pour le renverser. Schacht fut traduit avec les grands dirigeants au tribunal international de Nuremberg. Il fut acquitté. Ses ennuis n’étaient pas terminés. Il fut inculpé dans plusieurs procès menés par les nouvelles autorités juridiques. Il se battit comme un lion et fut acquitté. Il vécut librement jusqu’en 1970, date de sa mort, alors qu’il avait atteint l’âge de 93 ans. La lutte contre l’hyperinflation l’avait sans doute dopé.

Le troisième héros (provisoire) était Emile Moreau.

En tant que gouverneur de la banque de France, il fit preuve de pragmatisme. Il profita de la hausse de la livre avec le retour à l’étalon or. Le franc, maintenu à une parité basse, dopa les exportations françaises. Grâce à la guerre, la Fed avait accumulé les plus grandes réserves d’or. La banque de France devint sa dauphine. Montagu Norman fut l’un des rares à prédire le désastre en raison des trop grands déséquilibres monétaires. Il écrivit, en 1928, à Moreau : « A moins que des mesures drastiques soient prises, le système capitaliste sera détruit dans un an. »

Les comparaisons historiques devraient nous inciter à la modestie

Comme l’a écrit Dominique Venner, dans sa remarquable « Histoire de la Collaboration», on ne peut pas juger les hommes d’une époque sans se placer dans le contexte historique, chose extrêmement délicate tant l’avenir était incertain pour cette génération prise dans un étau infernal. Soyons modestes dans nos jugements. Une qualité que l’on ne trouve pas chez les censeurs omnipotents de la pensée unique. Vous avez sans doute entendu dans les amphithéâtres des universités françaises que c’est le New Deal qui a mis fin à la Grande Dépression. Mais ce n’est pas une vérité partagée outre-Atlantique. Sur une centaine d’économistes américains interrogés à ce sujet dans les années quatre-vingt dix, la moitié avait déclaré : «Prise dans son ensemble, la politique du New Deal a allongé et aggravé la Grande Dépression. » Voilà qui nous change des affirmations tranchées de nos Robespierre et Fouquier-Tinville. Sommes-nous vraiment une démocratie ? Populaire, je n’en doute pas à l’aune des réflexes pavloviens de la pseudo-élite keynésienne qui s’arc-boute à son pouvoir. Une démocratie libérale ? Sûrement pas avec les lois liberticides qui se multiplient. La présente crise sera débattue par les générations qui nous succèderont. Espérons qu’elles auront plus de recul que la nôtre imbue de ses certitudes qui ne sont pas partagées par le reste du monde.

Les gens au pouvoir croient toujours qu’ils connaissent les choses mieux que les autres. Les banquiers ont établi une échelle de risques à partir de modèles mathématiques. Ils étaient persuadés d’avoir éliminé le risque systémique à travers un fatras de contrats à terme d’une extrême complexité. La faillite de Lehman Brothers les a ramenés brutalement sur terre.

De leur côté, les politiques ont montré leur grande ignorance historique. Au lieu de se précipiter dans la lecture d’ouvrages de référence pour combler leurs lacunes, ils se sont empressés de déclarer que la crise n’était qu’un épiphénomène. Six mois plus tard, ils sont tout autant désemparés car ils n’ont rien appris.

Montagu Norman, qui fut l’homme le plus puissant de la planète après la Première Guerre mondiale, tira la conclusion que sa vie avait été futile. « Alors que je regarde en arrière, il me semble, qu’avec toutes les réflexions, les bonnes intentions et le travail que j’ai accompli, et très peu de ce que Old Ben (Benjamin Strong) a pu faire de son côté, n’a eu d’effet positif pour la communauté internationale. Tout ce que nous avons fait, c’est de collecter l’argent de tant de pauvres diables et de l’avoir dispersé aux quatre vents. »

Bernard Martoïa

 

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