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2/1/11  
           Crise financière : tout est parti d’un bar
                                   de Dublin !


Marie était propriétaire d'un bar à Dublin. Un jour elle réalisa que pratiquement tous ses clients étaient des chômeurs ivrognes et saouls, par conséquent qu'ils ne pourraient pas pendant encore très longtemps fréquenter son établissement. Pour résoudre ce problème, elle élabora un nouveau plan marketing qui offrait à ses clients la possibilité de consommer sur le champ mais de payer plus tard. Elle notait les consommations dans un registre, faisant ainsi, de fait, crédit à ses clients.

La rumeur de cette nouvelle stratégie marketing de Marie - buvez maintenant, payez plus tard - circula comme l'éclair et un nombre toujours plus important de clients affluait dans son bar. Rapidement elle réalisa les meilleures ventes de tous les bars de Dublin.

En servant ses clients sans leur demander de paiement immédiat, Marie ne nota aucune résistance lorsqu'à intervalles réguliers elle augmentait substantiellement les prix du vin et de la bière, mais aussi ceux de sa table gastronomique qui était très réputée.

Les volumes de vente augmentaient considérablement. Un jeune et dynamique directeur de la banque locale reconnut que les dettes de ses clients constituaient un réel actif et augmenta la limite de son découvert autorisé. Il n'avait pas de raison de s'inquiéter puisqu'elle avait la dette des chômeurs alcooliques en contrepartie. Au travers du succès de Marie, il se voyait déjà promu à la vice-présidence de la banque.

Au siège de la banque, des experts des marchés financiers élaborèrent un moyen de faire d'énormes profits sur les commissions et transformèrent ces prêts aux clients en Ivro-obligations, Alcoolo-obligations et Pochard-obligations. Ces obligations, une fois formatées, étaient vendues sur les marchés financiers internationaux. Les investisseurs naïfs ne réalisaient pas vraiment que les papiers qui leur étaient vendus comme des obligations de qualité AAA, étaient en fait des dettes de chômeurs alcooliques.

Néanmoins, le prix des obligations augmentait continûment et ces titres devenaient bientôt le produit le plus vendu pour certaines maisons de courtage de premier plan du pays.

Un jour, alors même que le prix des obligations augmentait toujours, un gestionnaire de risque de la banque locale décida que le moment était venu de demander le paiement de la dette des clients du bar et du restaurant, laquelle était maintenant devenue énorme. Il informa donc Marie qu'ils devaient payer ou bien être exclus de l'établissement. Marie demanda le règlement à ses clients alcooliques, mais étant chômeurs et alcooliques, elle réalisa rapidement qu'ils ne pourraient pas honorer leurs dettes de boisson.

La malheureuse et inconsolable Marie, n'étant pas en mesure de couvrir ses engagements, fut alors contrainte à la faillite, à fermer son bar et à licencier ses onze employés.

Dans la nuit les Ivro-obligations, Alcoolo-obligations et Pochard-obligations perdirent 99% de leur valeur. L'effondrement de ces obligations détruisit la liquidité de la banque, l'empêchant d'émettre de nouveaux prêts, gelant dès lors le crédit et l'activité économique non seulement à Dublin mais dans toute l'Irlande.

Les fournisseurs du bar de Marie lui avaient octroyé de généreux délais de paiement et avaient placé leurs fonds de retraite d'entreprise dans les différentes Alcoolo-obligations. Ils découvrent aujourd'hui qu'ils sont désormais confrontés à l'obligation de passer en perte ces dettes irrécouvrables, perdant ainsi plus de 99% de la valeur présumée des obligations. Son fournisseur de vin se déclare également en faillite, fermant les portes d'une entreprise familiale qui existait depuis trois générations. Son fournisseur de bière est repris par un concurrent qui ferme immédiatement la brasserie locale et met à pied 150 salariés.

Mais heureusement la banque, les maisons de courtage et leurs cadres respectifs sont sauvés et renfloués par un apport de liquidités de plusieurs milliards d'euros, sans aucune condition, venant de leurs amis et copains au sein du gouvernement. Les fonds nécessaires pour ce sauvetage sont levés grâce à de nouveaux et lourds impôts perçus sur les salariés non buveurs de la classe moyenne qui n'avaient jamais fréquenté le bar de Marie et n'en avaient même jamais entendu parler.

Heureusement pour les non buveurs, les ivrognes ne sont pas du tout satisfaits de la fin des tournées gratuites chez Marie et n'apprécient pas non plus les nouveaux impôts, ni la réduction des allocations. Par conséquent tous se retrouvent aujourd'hui unis pour voter pour un nouveau gouvernement début 2011, lequel promet de lever toutes les contraintes imposées par la communauté internationale et même de rouvrir le bar de Marie selon les mêmes modalités et conditions qu'avant.

Mes amis, ceci est l'état des économies irlandaise et européenne fin 2010.

Restez patients, d'autres annonces viendront, ce n'est que le début.

Publié par http://www.pro-at.com/analyse-bourse/technique-Compte-de-Noel-Mary-039-s-Bar-4-10307.html

 




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